À 19 ans, quand j'ai lancé ma première entreprise, la question de reprendre une affaire existante ne se posait même pas ! Je n'avais ni l'argent ni le réseau ni l’expérience pour rassurer un vendeur et réussir une reprise.
Partir de zéro était la seule porte possible. J'ai longtemps cru que c'était aussi la plus belle, la feuille blanche, l'idée qui part de rien, une idée qui débarque par magie dans notre tête et c’est parti. C'est aussi le récit dominant depuis dix ans en France : on glorifie les fondateurs, on construit tout un imaginaire autour de la start-up née dans un garage, etc.
D’autres modèles sont possibles. Et pour s'en convaincre, il suffit de regarder vers mon pays préféré, le Japon. Le Japon qui compte plus de 33 000 entreprises centenaires qui survivent parce que quelqu'un a toujours décidé que l'histoire méritait d'être continuée.
Je pense à Naomi Hasegawa que vous ne connaissez sûrement pas. Elle est pourtant en photo dans les bureaux parisiens de LiveMentor, car à la tête d’une entreprise, le restaurant Ichiwa à Kyoto, qui a plus de 1000 ans ! Naomi a repris le flambeau comme bien d’autres avant elle.
C'est précisément le sens du livre que je vous recommande aujourd'hui, Reprise, dans la tête d'un serial repreneur écrit par Cédric Meston !
Reprise, dans la tête d'un serial repreneur par Cédric Meston

On peut reprendre sans ressembler à Bernard Tapie
Vous avez peut-être vu la mini-série Netflix sur Bernard Tapie. Je trouve qu’elle résume bien l’image caricaturale des repreneurs venus racheter des entreprises en difficulté à la barre du tribunal de commerce.
Cédric Meston défend une thèse différente dans son livre : un bon repreneur n'achète pas des actifs, il croit dans une histoire et veut la sauver.
C'est ce que Cédric a fait avec Tupperware France, qu'il a repris début 2025 alors que tout le monde le donnait pour mort. Au lieu de tout effacer, il a choisi de relancer les fameuses réunions à domicile plutôt que de les supprimer, en leur donnant une nouvelle vie à l'ère des réseaux sociaux.
Le livre est un bon mélange entre le parcours personnel de l’auteur et des principes clés pour réussir une reprise. On découvre l’histoire de Cédric, l’origine de sa motivation, sa philosophie entrepreneuriale. L’auteur présente aussi la situation macro-économique et le défi collectif : chaque année, 60 000 entreprises ferment en France parce que personne n'a repris le flambeau au moment critique.
Entre 2025 et 2030, plus d'un million d'entreprises seront à transmettre, représentant environ trois millions d'emplois ! C’est la fin des entreprises créées par la génération du baby boom. Ce sont des PME familiales, des ateliers, des structures qui font vivre des salariés avec une belle réputation.
Meston appelle ça de l'écologie économique : reprendre une entreprise plutôt que de la laisser disparaître, c'est recycler une matière première entrepreneuriale au lieu de la détruire. J’ai découvert le terme en lisant son livre et je l’aime beaucoup.

Ce que j’ai préféré : l’histoire de la Camif
Mon passage préféré du livre est celui consacré à la Camif, cette référence de la vente par correspondance fondée en 1947 pour équiper les instituteurs, liquidée en 2008 après soixante ans d'existence.
En 2009, un jeune entrepreneur, Emery Jacquillat, décide de reprendre la marque et le fichier client. Il aurait pu changer le nom, effacer l'ardoise et repartir à zéro. Il fait le contraire : il relocalise le siège à Niort, remobilise les anciens fournisseurs et les clients fidèles, inscrit dans les statuts une mission sociale et écologique explicite.
Dix ans plus tard, la Camif est devenue l'une des premières entreprises à mission de France !
L'histoire n'était pas finie…

Vous pouvez commander Reprise, dans la tête d’un serial repreneur sur la boutique en ligne d’Eyrolles, ou sur les plateformes de vente en ligne (Fnac, Amazon).
Beau week-end et belles lectures,
Alexandre Dana
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