|
Je suis parti samedi 21 mars à 17h17. Je suis parti assez tard, donc je savais que j’avais presque deux heures devant moi avant le début de la nuit. [Vagabond] J’avais repéré un étang à un peu plus de 8 kilomètres de chez moi, sur Google Maps : l’étang de Rouzilhac. L’idée était simple : prendre mon sac à dos, y mettre une tente, un duvet, de quoi manger chaud, et aller passer la nuit là-bas.
Marcher autour de chez soi et dormir ailleurs.
J’ai gardé l’idée du déplacement, mais j’ai eu envie de le vivre à ma manière. Plus simplement, plus librement. J’avais envie de nature, de calme, et d’un bivouac improvisé. Ce genre de chose que je ne m’autorise qu’une fois dans l’année, l’été, quand je pars en road trip moto.
La route était magnifique, sans en faire trop. Des champs, des haies, quelques hameaux. Rien d’extraordinaire en apparence, mais ça m’a immédiatement ramené à quelque chose de très simple, presque à l’enfance. Le fait de marcher sans pression, sans objectif autre que d’avancer.
J’aime ce moment de la journée. Le soleil est encore haut, mais commence à décliner. Il y a cette lumière de fin de journée, douce, presque suspendue. Ça faisait longtemps que je n’avais pas pris un sac à dos pour marcher, simplement. J’étais plutôt bien équipé. J’ai profité du paysage du Lauragais, vallonné, ouvert, avec ses champs, ses haies, et cet espace qui respire. [Sur la route] Plus très loin de l’étang à vol d’oiseau, j’ai quitté la route pour un chemin d’herbe, en passant entre deux champs. C’était un peu hasardeux, mais c’est aussi ce qui rendait le moment vivant. Je suis passé par un petit bosquet qui montait sur une colline, qui elle-même cachait la retenue d’eau.
Et puis, j’ai enfin débouché sur cet étang. [Étang de Rouzilhac] Il n’y avait personne. C’était calme, presque fermé par les collines autour, comme un espace à part. Le niveau de l’eau était un peu bas, ce qui me donnait accès à toute la rive. De l’herbe, de la place pour poser la tente, et surtout du bois flotté un peu partout.
Le premier truc que je me suis dit, c’est : “ce soir, je fais un feu”.
Je me suis posé un moment, juste pour profiter. J’ai bu un peu d’eau, mangé quelques fruits secs, regardé le soleil descendre. [Coucher de soleil] Ensuite, j’ai monté la tente tranquillement. Il n’y avait presque aucun bruit, à part les oiseaux. Puis, à mesure que la nuit tombait, les chauves-souris sont apparues. Les grenouilles, un chien au loin, peut-être des renards… et parfois une voiture très éloignée. [Bivouac] Mais globalement, j’étais seul. Vraiment seul.
La nuit est arrivée doucement, avec un ciel complètement dégagé. Les étoiles ont commencé à apparaître, et les arbres autour donnaient l’impression d’un théâtre d’ombres chinoises. C’était magnifique.
Je me suis préparé une soupe, j’ai mangé un petit morceau de cake, et sans m’en rendre compte, j’ai commencé à enclencher une sorte de routine. Manger, puis penser au feu, puis au thé, puis au moment d’aller me coucher.
Et là, je me suis arrêté.
Je me suis dit : “mais pourquoi je me presse ? pourquoi je planifie ? pourquoi j’anticipe ?”
Il n’y a rien qui m’attend. Je n’ai pas d’horaire. Je suis déjà exactement là où je voulais être.
Alors j’ai laissé tomber cette logique.
J’ai allumé le feu, je l’ai laissé vivre. Je l’alimentais de temps en temps, j’allais chercher du bois quand il en manquait, et je revenais m’asseoir. Sans objectif. Juste pour être là. [Feu de camp] Je me suis même surpris à me dire : pourquoi rester dans ma tête alors que je peux parler à voix haute ? Alors je l’ai fait. J’ai dit ce que je ressentais. Que j’étais bien. Que j’étais plein de gratitude pour ce moment, mais aussi pour ma vie. Que j’étais heureux d’être là, à cet instant précis.
Au bout d’un moment, mon corps a commencé à se raidir un peu. J’étais mal assis, accroupi, pas vraiment confortable. Alors je me suis levé, et j’ai commencé à bouger.
Juste pour délier le corps.
Des mouvements inspirés de ma pratique du Systema, mais sans chercher à bien faire. Le terrain n’était pas parfaitement plat, il y avait une légère pente, donc je devais m’adapter en permanence. Et ça rendait le mouvement encore plus intéressant.
J’étais là, seul dans la nuit, avec les étoiles et l’univers pour témoin. Je dansais avec les flammes.
C’était simple. Mais très juste. Sans technique. Juste quelque chose de fluide, naturel.
Et très vite, une question est venue : “pourquoi je ne m’autorise pas ça plus souvent ?”
Bouger librement, sans regard extérieur, sans attente.
Je ne sais même pas à quelle heure je me suis couché. Et au fond… est-ce que ça a vraiment de l’importance ?
Je suis finalement allé me coucher et je me suis endormi presque immédiatement. Mon duvet avait la fermeture cassée, donc j’ai eu froid à un moment. Ça m’a réveillé, et j’ai réalisé que j’utilisais ma veste comme oreiller… alors qu’elle aurait été bien plus utile sur moi.
Je l’ai remise, je me suis ajusté, et je me suis rendormi.
Le matin, le soleil était déjà haut. Je n’avais plus assez d’eau pour me faire un thé, donc j’ai simplement bu ce qu’il me restait, rangé mes affaires, et je suis reparti.
Je suis rentré un peu fatigué, un peu cassé physiquement.
Mais profondément heureux de ce que j’avais vécu.
De ce temps pour moi. Avec moi.
Et surtout, encore une fois, avec une vraie sensation de gratitude pour ce moment. Simple. Sans enjeu. Sans performance. Juste vécu.
Au fond, je n’ai rien découvert. J’ai juste retrouvé quelque chose que j’avais laissé de côté.
|