Pour réduire sa dépendance aux Big Tech, l’Europe doit miser sur les communs numériques

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Édition du 04 juin 2026

A la une

Le Conseil de l’intelligence artificielle et du numérique (CIANum) estime que la souveraineté numérique ne passera ni par l’autarcie ni par l’émergence hypothétique d’un champion européen capable de rivaliser seul avec les hyperscalers américains. Dans un rapport publié le 29 mai, l’instance plaide pour une stratégie fondée sur la coopération entre acteurs publics, entreprises et communs numériques afin de réduire les dépendances les plus critiques.

Le constat est sévère : 92% des infrastructures cloud utilisées par les administrations européennes reposent aujourd’hui sur AWS, Microsoft Azure ou Google Cloud. Cette dépendance s’étend aux logiciels, aux semi-conducteurs ou encore aux modèles d’IA. Pour les auteurs, l’enjeu n’est pas de remplacer systématiquement les technologies américaines, mais de préserver une capacité de choix grâce à la diversification des fournisseurs, à l’interopérabilité et à la réversibilité des solutions.

Le rapport mise notamment sur les communs numériques et les standards ouverts, citant des projets comme Linux, PostgreSQL ou Nextcloud. Il recommande la création de fonds dédiés et d’une “Fabrique des communs numériques” pour mutualiser le développement des briques technologiques stratégiques.

L’essentiel à savoir

De Mandiant à Wiz en passant par CodeMender, comment Google assemble pièce par pièce sa forteresse cyber dopée à l’IA générative. Avec son offre “Google AI Threat Defense”, lancée le 27 mai, Google fait dialoguer des briques de sécurité accumulées depuis des années. En combinant les capacités de Wiz, l’expertise de Mandiant et les modèles Gemini, le géant américain veut automatiser l’identification, la priorisation et la correction des vulnérabilités pour répondre à des cyberattaques de plus en plus rapides et sophistiquées.

Anthropic en discussion avec l’Enisa pour ouvrir son modèle Mythos à l’Europe. La société américaine envisagerait d’ouvrir à l’Europe l’accès à Mythos, son modèle dédié à la recherche de failles de sécurité. Jusqu’à présent, seules une quarantaine d’organisations américaines et britanniques sélectionnées par l’entreprise pouvaient tester cette technologie aux capacités jugées particulièrement sensibles.

Mesurer la souveraineté : comment la Commission européenne a transformé un slogan en barème chiffré. Après avoir attribué 180 millions d’euros à quatre fournisseurs de cloud, la Commission européenne publie les détails de son “Cloud Sovereignty Framework”. Ce référentiel, non contraignant, formalise une méthode d’évaluation reposant sur huit critères allant de l’extraterritorialité à la souveraineté des modèles IA.

Palo Alto Networks s’offre la start-up Portkey pour gouverner les agents IA en entreprise. Étant donné les enjeux de sécurité exponentiels en matière de cybersécurité, Palo Alto Networks mise sur plusieurs rachats stratégiques pour remplacer les solutions ponctuelles par une plateforme unifiée, capable de couvrir l’ensemble des risques liés à l’IA générative et aux agents autonomes. Le dernier en date : Portkey.

“La sécurité nationale avant tout” : l’administration Trump encadre l’IA par un décret présidentiel. Tout en rejetant l’idée d’un encadrement réglementaire des laboratoires d’intelligence artificielle, le président américain crée un mécanisme de coopération entre les développeurs de systèmes et modèles d’IA et les agences de cybersécurité. Une manière de préserver l’avance technologique des États-Unis, “America first”, tout en intégrant les modèles les plus puissants à leur stratégie de sécurité nationale.

La fuite de données de la semaine

La fuite de données du DMP démentie. Un cybercriminel a revendiqué la mise en vente de 34 millions de fiches prétendument issues du Dossier Médical Partagé (DMP). Après investigation, l’Assurance Maladie affirme n’avoir identifié aucune fuite massive de données du DMP ou du compte Ameli. Si un professionnel de santé a bien été victime d’une usurpation d’identité, l’organisme assure que l’incident n’a pas permis une extraction à grande échelle et annonce saisir la justice.

La levée de fonds de la semaine

Google investit 15 millions d’euros dans le français MokN pour industrialiser la récupération d’identifiants volés. La start-up française MokN, spécialisée dans la lutte contre le vol d’identifiants, annonce une levée de fonds de 15 millions de dollars menée par GV, le fonds de capital-risque de Google. Elle développe une technologie de “phish-back” consistant à déployer de faux portails de connexion afin de piéger les attaquants utilisant des identifiants compromis.

Le focus réglementaire et conformité

La Cnil clarifie les rôles des acteurs du cloud au regard du RGPD. La Commission a publié de nouvelles lignes directrices visant à clarifier la qualification des acteurs du cloud au regard du RGPD. Le régulateur rappelle que, dans la plupart des cas, le client demeure responsable des traitements réalisés via les services cloud qu’il utilise, tandis que le fournisseur agit comme sous-traitant. Toutefois, certaines situations, notamment liées à l’amélioration des services ou à l’utilisation de traceurs, peuvent conduire à une responsabilité conjointe. La Cnil distingue également la sécurité “du” cloud, relevant principalement du fournisseur, de la sécurité “dans” le cloud, qui incombe davantage au client.

Le coin opérationnel

L’Anssi et le BSI prolongent la reconnaissance mutuelle de leurs certifications. L’autorité française cyber et son homologue allemand ont renouvelé leur engagement en faveur de la reconnaissance mutuelle des certifications de sécurité de premier niveau CSPN et BSZ. Cet accord permet aux produits certifiés dans l’un des deux pays de voir leur évaluation reconnue par l’autre autorité, dans l’objectif de faciliter la commercialisation de solutions de cybersécurité sur les marchés français et allemand.

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